Dès son
installation et la nomination de ses diverses commissions, la
Municipalité VOILIN,jeta un regard d’ensemble sur
l’héritage que lui léguait la gestion DECROIX.
Du point de vue municipal beaucoup était à faire.Du
point de vue réalisations socialistes tout était
à entreprendre. Les Putéoliens savaient à
quoi s’en tenir à ce sujet.
Le groupe socialiste n’avait pas caché durant toute
sa campagne que s’il était élu, il appliquerait
un programme socialiste.
Les électeurs
lui avaient fait confiance. Donc, ils en acceptaient à
l’avance ses décisions dans ce domaine. En premier
lieu, le nom de Roque de Fillol fut donné à la
rue des Coutures, et celui de Félix Pyat à la
rue Charles –Decroix. Puis on s’attacha à
créer un atelier municipal, où serait effectué
le plus vite possible les travaux d’entretien des bâtiments
communaux. Partisans on s’en doute du progrès,
la nouvelle municipalité acheta une arroseuse-ballayeuse
De Dion et liquida les antiques tonneaux d’arrosage à
traction animale. Il en fut de même pour l’ambulance.
Elle poursuivit la construction de la salle des Fêtes.
Procéda à l’acquisition de la propriété
MALANCON, située au 145 rue de la République,
afin d’y installer la Justice de Paix et la Bibliothèque
Municipale, et des terrains nécessaires, situés
rue Victor-Hugo, afin d’y construire un groupe d’H.B.M.
Enfin, construisit les établissements de bains-douches
de la rue Charles-Lorilleux et de la rue Collin.
Mais la catastrophe
de 1914 arriva. Le 1er août, le Conseil se réunit
et vota une somme de 50.000 fr. pour venir en aide aux familles
des mobilisés. VOILIN est mobilisé le 17 août.
JACOTOT fera donc fonction de Maire durant son absence. Quelque
temps après, il reprendra son poste. Les secours s’organisent,
il faut venir en aide aux réfugiés des Départements
occupés. Il faut assurer le ravitaillement de la population.
Avec l’aide de la Revendication, PUTEAUX ne souffrira
pas trop de ce côté. Seulement, le charbon manquera.
La Municipalité achète à Gennevilliers
le brai provenant de la combustion et à Lens le poussier
de charbon, des appareils pour la fabrications des boulets qu’elle
vend à la population à prix coûtant. Elle
poursuit, en outre, durant toute la guerre, ses colonies de
vacances, où les enfants vont s’ébattre
dans la Nièvre et l’Allier, en placement famillial.
Enfin, la concession
des marchés et de l’enlèvement des ordures
ménagères se terminant, elle prends en règle
ces deux importants services.
La guerre terminée,
vint le renouvellement de la Chambre. Pour la première
fois, allait être appliqué un système qui
se disait représentation proportionnelle. Toute la banlieue
forme une seule circonscription. Deux listes seulement sont
en présence. La première, la fameuse liste bleu
horizon, patronnée par CLEMENCEAU, et allant de BILLIET
au Socialiste indépendant COUTANT. La seconde patronnée
par le Parti Socialiste. Luttant seuls, les Socialistes n’ont
pas un seul élu. VOILIN perd là son siège
de Député.
Mais le 30 novembre
1919, la population de PUTEAUX allait prendre sa revanche, car
si la banlieue réactionnaire avait fait avaler la liste
bleu horizon, les travailleurs Putéoliens envoyèrent
au 1er tour la liste socialiste siéger à la Mairie.
L’équipe première se retrouvait à
quelques exceptions près. En voici d’ailleurs le
détail par ordre d’élection :
VOILIN Lucien, MONIER
Jean, LE COMPTE Charles, LEMOINE Edouard, BEAUSSANT Armand,
THEUROT Henri, DELAPORTE Charles, DESCHAMPS Joseph, CALBOURDIN
Léon,BLANC Dominique COUFFINAL Ernest, WARTEL Emile,
MULIEZ Charles, VALET Marc, MERCIER Pierre, GREGUY Alphonse,
LEPINE Jean, MALET Robert, FREQUANT Camille, GALY Justin, SABAS
Jean, HUBERT Bernard, TAVERNIER Auguste, VILLEMIN Louis, RAIMBAULT
E.., JACOTOT Marius, MARTIN Alphonse, FORQUIGNON Charles, CHANTUREAU
Adrien, MULIER Adrien.
Comme on le pense,
VOILIN fut réélu Maire et JACOTOT, 1er Adjoint.
MULIEZ devient 2e Adjoint.
Henri SELLIER, installé
à SURESNES, pendant la guerre avait de son côté,
mené campagne contre le Maire DIETRICH et emporté
la Mairie de SURESNES.
La salle des Fêtes
de la rue Henri-Martin était en partie terminée.
Elle fut si l’on peut dire, livrée avec son unique
décor, splendide à l’époque et qui,
tout le monde se le rappelle : un parc avec au beau milieu,
un large bassin.
Le premier groupement
qui se produisit dans cette salle fut celui des œuvres
sociales de PUTEAUX. Cette œuvre, montée par les
actionnaires de la Revendication et patronnée par la
Municipalité, était la plus belle forme de patronage
Laïque que Puteaux ait jamais connue. Indépendamment
des activités sportives et de plein air, fonctionnait
un mouvement artistique qui était composé d’enfants
de trois à quatorze ans. Les répétitions
se tenaient dans la grande Salle des Fêtes de la Revendication,
rue Mars-et-Roty, dirigé par le chansonnier Charles d’AVRAY,
avec un rare mérite et une patience d’ange. Il
réussit à dresser ces gosses et à leur
faire monter un spectacle complet sur des sujets dont il écrivait
à la fois le texte et la musique. Celui qui écrit
ces lignes avait dix ans à l’époque et reçut
là sa première formation artistique et sa conception
théâtrale. Nul ne peut oublier les réalisations
obtenues par d’AVRAY en ce domaine.
La salle de la rue
Henri-Martin connut ces jeunes acteurs avec les jeux du Dimanche,
premier spectacle, que sa scène accueillit le 27 mars
1921.
Un an après,
les œuvres sociales montaient luxueusement 4 actes de d’AVRAY,
uniquement joués par des enfants : <Les Petits Parias>,
où, au final trois cents enfants étaient rassemblés
sur scène.
Quand les divergences
politiques amenèrent la séparation des œuvres
sociales, PUTEAUX perdit le plus bel effort artistique effectué
en faveur de l’enfance, et ne retrouva jamais ce genre
de spectacle.
Mais au Congrès
de Tours, survint la fameuse scission du Parti Socialiste.
Quelques leader,
dont GUESDE, refusant les 21 conditions de Moscou, se séparaient
du parti ouvrier et continuaient la IIe Internationale, tandis
que les majoritaires en formaient la IIIe Internationale ouvrière
et conservaient pour eux le journal < L’ Humanité>,.
Sur le plan municipal, treize Conseillers, dont VOILIN, JACOTOT,
MERCIER et BEAUSSANT, restent fidèles au Parti Socialiste
et à son indépendance.
Bien qu’en
minorité au Conseil, VOILIN, malgré les pressions
communistes, refuse de démissionner. Il déclare
notamment à ses adversaires : < Elus ensemble sur
la liste, nous démissionnerons ensemble si vous voulez,
le suffrage universel nous départagera.>
Les majoritaires
refusèrent de retourner aux urnes. Enfin, quelque temps
après, trois Conseillers quittèrent le parti de
la IIIe Internationale, et VOILIN retrouva une majorité.
Il est à noter ici que seul des Maires socialistes de
la Seine, VOILIN conserve son poste. Au reste, quand ils virent
qu’ils n’avaient plus la majorité, les communistes
s’abstinrent d’assister aux séances du Conseil.
Ce fut pendant cette
lutte intestine qu’eut lieu la décision du Ministre
de l’Intérieur, de suspendre VOILIN pendant un
mois de ses fonctions de Maire.
La Municipalité
avait fixé les détails de la distribution des
prix de l’année 1921. Or, quarante huit heures
avant la fête, une circulaire préfectorale enjoignit
au Maire de faire chanter la <Marseillaise> par les enfants
des écoles.
Considérant
que le temps était un peu court pour que l’hymne
national soit interprété parfaitement, VOILIN
convoqua les Directrices et Directeurs d’écoles.
Mais grande fut alors sa surprise d’apprendre que les
dirigeants de l’Enseignement de Puteaux avaient eu également
des ordres semblables. Se sentant atteint dans sa dignité
de Maire, VOILIN soumit les faits au Conseil qui, trouvant que
le Préfet allait un peu fort en s’immisçant
dans les affaires municipales, décida de supprimer la
fête de la distribution des prix.
Le Ministre, furieux,
suspendit alors VOILIN pour un mois.
Aussitôt,
le groupe socialiste Jean Jaurès riposta en faisant connaître,
par affiche à la population, l’arbitraire gouvernemental.
Le groupe communiste
se solidarisa avec VOILIN, en protestant également contre
de tels procédés. Et tous les Conseillers, unanimes,
se déclarent solidaires de l’acte accompli par
l’ensemble du Conseil, et pour lequel un seul avait été
frappé.
Les incidents intérieurs
n’empêchaient pas la machine municipale de tourner.
Peu à peu, l’on voyait s’accomplir la modernisation
du matériel municipal. Peu à peu, se trouvaient
relégués les principes conservateurs. Le programme
socialiste s’imposait progressivement. Les H.B.M. Victor-Hugo
étaient à peine en service que déjà
le Groupe Cartault était en construction, et que l’on
envisageait l’éventualité de celui de la
rue Marcellin-Berthelot.
Dans le domaine
scolaire, il s’avérait déjà indispensable
de procéder au remplacement de la vieille école
de la rue Jean-Jaurès par un groupe beaucoup plus moderne,
ainsi que la construction du groupe Benoit-Malon.
Les colonies de
vacances n’étaient pas oubliées non plus,
et chaque année les petits Putéoliens allaient
s’ébattre dans les départements de la Nièvre
et de l’Allier, depuis Saint-Pierre-le-Moutiers, Chatenay-st-Imbert,
Dornes et St-Emmenond, jusqu’aux environs de Moulins.
Peu à peu, les terrains de sports s’intallaient.
Le ponton était remis en état. Une subvention
était versée d’un commun accord à
la Jeunesse Sportive de Puteaux.
Enfin, l’on
assistait, par suite de l’ouverture du groupe d’H.B.M.,
à la prolongation de la rue Victor-Hugo jusqu’à
la rue Chante-Coq.
Une autre réalisation
à l’honneur de cette gestion est la création
de l’Ecole Pratique de Commerce et d’Industrie,
rue Mars-et-Roty.
La Société
< la Revendication> ayant fermé ses portes, la
Municipalité VOILIN procéda à l’acquisition
des locaux pour y installer cette école qui fut le modèle
du genre dans le département de la Seine.
Le 3 mai 1925 fut
élu intégralement la troisième liste du
Parti Socialiste SFIO. A la séance du 17 mai, Lucien
VOILIN fut réélu Maire par 28 voix sur 30. VOILIN.
Devant cette manifestation de sympathie, fit la déclaration
suivante : < La manifestation de sympathie et de confiance
que viennent de faire sur mon nom mes camarades du Conseil Municipal
me touche. Je leur adresse mes remerciements.
Quelle que soit
l’unanimité des suffrages qui viennent de m’être
accordés, je suis dans l’obligation de déclarer
qu’il m’est matériellement impossible d’accepter
à nouveau de remplir les fonctions de Maire que j’ai
exercées pendant treize ans.
Un autre mandat
important pour mon parti et pour les électeurs m’a
été confié. Mes facultés de travail
m’imposent de m’y consacrer en entier, sans qu’il
me soit possible de cumuler deux mandats aussi importants que
ceux de Maire et de Député.
Le cumul peut être
rendu nécessaire en certaines circonstances, il doit
cesser dès que celle-ci le permettent. J’estime
que notre parti est assez fort en nombre à Puteaux et
assez riche en homme d’action et de valeur pour que chacune
des fonctions électives soit confiée à
un élu.
C’est en pleine
collaboration avec le Conseil Municipal et avec mon successeur
qu’à mon rang de Conseiller municipal je travaillerai
pendant les quatre années de notre mandat à la
gestion administrative de la commune. >.
Devant ce refus
d’acceptation, le Président invite l’assemblée
à procéder à un nouveau vote pour la désignation
d’un Maire.
Marius JACOTOT fut
alors élu Maire, avec comme Adjoints, Armand BEAUSSANT,
Pierre MERCIER, Jean LEPINE et louis VILLEMIN.
Henri SELLIER, à
l’annonce du nouveau Maire de Puteaux, félicita
le Conseil Municipal d’avoir su choisir, pour successeur
à VOILIN l’intègre Marius JACOTOT.
Ce fut sous cette
Municipalité que sept des rues de Puteaux changèrent
de noms : La rue de Collombes devint la rue Anatole-France ;
La rue de Denain, la rue Fernand-Pelloutier ; La rue des Pincevins,
La rue Edouard-Vaillant ; La rue des Valette, La rue Marcel-Sembat
; La rue des Carrière, La rue Jules-Guesdes ; La rue
Magenta, La rue Paul-Lafargue ; La rue du Château, La
rue de Francis-de-Pressensé.
Depuis la construction
de la salle des Fêtes, réclamée à
grand cri par les Sociétés municipales, celles-ci
ne l’utilisaient guère. On ne comptait, en effet,
que trente deux occupations par an. Cette déficience
ne couvrait pas, on s’en doute, les frais d’entretien,
de chauffage, d’éclairage et de gardiennage qui
s’élevaient à l’époque à
plus de 30.000 francs par an. Devant cette situation, le Conseil
avait songé à une meilleure utilisation de cette
Salle, en faisant au besoin des offres à des agences
théâtrales, ou à des imprésarios.
Ayant appris cette décision, le Directeur des salles
de cinéma< Le Casino> et < L’Eden >,
M. COUTARET offrit au Conseil d’exploiter la Salle des
Fêtes en y donnant des représentations cinématographiques.
Il prenait tous les frais d’entretien, d’éclairage,de
chauffage et de gardiennage à sa charge.
Il s’engageait
à tous travaux nécessaires pour la rendre obscure(
à l’origine en effet, les fenêtres ne possédaient
pas de garnitures en contre-plaqué, ce qui rendait assez
difficiles, les représentations en matinée, le
jour entrant de tous côtés dans la salle). Il procéderait
à l’installation de nouveaux décors et de
la machinerie nécessaires. Enfin il prenait également
à son compte les travaux les travaux de garantie et de
sécurité imposés par la Préfecture
de Police. De plus, il s’engageait à verser annuellement
5.000 fr. de redevances.
Les Sociétés
locales ne se trouvaient pas lésées du fait de
cette occupation, car la Municipalité se réservait
le droit d’accorder la salle aux organisations locales
qui en feraient la demande. Le contrat, rédigé
en ces termes , fut accepté après discussion par
le Conseil, le 12 novembre 1925.
Cette affaire fit
grand bruit à l’époque. Les adversaires
politiques n’hésitèrent pas à annoncer
par voie d’affiches que la Municipalité Socialiste
avait < vendu > un local municipal à un exploitant
de cinéma pour l’enrichir.
COUTARET répliqua
sur le même ton, en prouvant, chiffres en mains, que cette
affaire lui coûtait plus de 80.000 fr d’installation,
et qu’il faudrait certainement pas mal de temps avant
que l’amortissement en soit fait. D’ailleurs, ce
contrat ne dura pas longtemps.
Car dès que
les groupements locaux virent les aménagements réalisés
par le Directeur du Casino, ils se mirent à demander
la salle sans arrêt. Jamais, de 1926 à 1930, on
ne vit tant de spectacles à la Salle des Fêtes.
Tant et si bien que COUTARET ne pouvait plus y faire de cinéma.
Le contrat fut donc
rompu, à sa demande, deux après.
Ayant retiré
sa cabine et ses appareils, il fit don à la Ville de
tous les décors et autres installations qui permirent
à tant de Sociétés locales de réaliser
d’appréciables bénéfices pour leurs
œuvres sociales.