La
campagne pour les élections municipales de 1904 fut ardente.
Trois listes étaient en présence,notamment une
liste radicale à la tête de laquelle se trouvait
bien entendu DECROIX. Une liste de soi-disant intérêts
communaux dégagés, comme on le pense, de tout
esprit politique et placée là comme par hasard
pour attirer à elle les voix des électeurs qu’une
étiquette quelconque effarouchait, et une liste socialiste
où l’on trouvait les noms de BALAGUE, BEAUSSANT,
Marius JACOTOT, Martin ETIENNE et Lucien VOILIN.
DECROIX, comptait
bien sur la division des voix socialistes alors scindés
en deux partis distincts : les Jaurèssistes et les Guesdistes.
Malheureusement pour le calcul qui, au reste, paraissait parfaitement
logique, Lucien Voilier, leader Putréfier du Parti Jaurèssiste,
avait compris le danger de cette division, aussi insista-t-il
pour qu’une liste commune fût établie avec
les Guesdistes. Ceux-ci comprirent l’intérêt
de cette unité d’action et acceptèrent la
liste unique. Devant cette attaque directe, la liste < indépendante>
démasqua ses batteries et se retira avant le premier
tour de scrutin, en faveur de la liste DECROIX. Cette dernière,
naturellement, passa au second tour, avec 1000 voix de majorité.
Bien entendu, DECROIX resta Maire et Léon BLIN et Henri
BOIZOT se partagèrent les postes d’adjoints.
Mais un mois après,
avaient lieu les élections au Conseil Général.
Les Socialistes putéoliens s’entendirent sans discussions
pour un candidat unique en la personne de Lucien VOILIN. Bien
qu’ayant contre lui quatre adversaires, VOILIN arriva
en tête au premier tour, et enleva la partie au second
tour, obtenant 4400 voix contre 2500 au réactionnaire
DUBOIS. Pour la seconde fois à Puteaux, un candidat socialiste
était élu, et cette fois ce siège de Conseiller
général ne devait plus quitter le Parti Socialiste
pendant quarante et un ans.
Depuis de nombreuses
années, le bureau des P.T.T. était installé
au 33, boulevard Richard-Wallace, dans les locaux où
se tient actuellement la Brasserie COOP. En 1905, cette installation
étant trop exiguë, les P.T.T , s’installèrent
dans un endroit beaucoup plus vaste situé rue GODEFROY.
Pendant vingt neuf ans, cet important service devait fonctionner
sans discontinuer dans cette rue Godefroy, jusqu’au moment
où le nouvel Hôtel de Ville étant construit,
les P.T.T, émigrèrent dans ce bâtiment où
ils se trouvent actuellement. Mais l’établissement
du 33, boulevard Richard-Wallace, ne devait pas rester longtemps
libre. Car, dès que l’on apprit le départ
de la poste, la revendication mit la main sur le local afin
d’y installer le restaurant coopératif connu longtemps
sous la dénomination de restaurant < Chez Nous>.
Le Parti Socialiste y installa également son siège
et la Bourse du Travail.
En 1935, les actionnaires
de la Revendication votèrent le rattachement du restaurant
< Chez Nous> à l’union des coopérateurs
de Paris. Le restaurant, dont les affaires périclitaient
sérieusement disparut pour faire place à une Brasserie
COOP, d’un agencement plus moderne. Puis en 1936, la Section
du Parti Communiste local quitta les lieux à son tour,
et la Brasserie COOP, devint alors réellement la Maison
de la Coopération, où se tenait l’un des
plus importants groupements locaux : le Centre de culture et
de loisirs de Puteaux.
Ce fut en 1906,
qu’un M.Boutillon passa un contrat avec la Municipalité
DECROIX, afin d’obtenir l’autorisation de donner
au Casino de Puteaux, vingt-cinq représentations cinématographiques
à son profit, à raison de quatre tous les deux
mois du samedi au mardi. Ces représentations devaient
commencer le 1er juin 1906.
Ainsi, Puteaux,
onze ans après l’invention des frères LUMIERE,
possédait sa salle de projections animées. Peu
à peu, le contrat s’élargit, et le Casino
devait devenir le cinéma de PUTEAUX.
Ceci jusqu’au
moment où l’Eden-Palace fut construit. Mais si
cette salle devait également attier un grand public,
le Casino conservait son ambiance et sa clientèle restait
assez choisie. Au reste, il ne se départit pas de son
origine théâtrale, et malgré son action
en faveur de l’écran, il continua de donner des
représentations de music-hall et de théâtre.
La campagne pour
les élections législatives de 1906, fut on s’en
doute, très animée. Le Député radical
sortant, FERON, avait contre lui la candidature socialiste de
Lucien Voilin. Au premier tour de scrutin, VOILIN arriva derrière
FERON avec 25 voix de moins. Le Groupe Socialiste, devant ce
succès, voulait maintenir la candidature Voilin au second
tour, mais VOILIN, respectueux, des décision de son parti,
refusa et se montra partisan en faveur du désistement
envers FERON. Et en effet, pour le deuxième tour, il
fit campagne pour le Radical, qui lui dut son élection.
Ces coups de boutoirs
politiques, tout en ébranlant la position du Maire DECROIX,
n’empêchaient pas la rotation normale de la machine
municipale.
Entendons-nous par
là que, bien rarement une initiative quelconque était
prise dans un but d’intérêt social. C’est
ainsi que régulièrement chaque année, le
Conseil repoussait toute participation à une organisation
de colonie de vacance. Par contre, cette Municipalité
fit ce qu’elle pu dans le domaine de la voirie. Seulement
fidèle à des principes conservateurs, elle ne
fit aucun effort afin de créer un atelier municipal pouvant
fonctionner en règle.
Juqu’à
l’avènement de la Municipalité VOILIN, tous
les travaux, si petits soient-ils, étaient confiés
à des entrepreneurs.
En 1907, on changea
quelques noms de rues. Ainsi, la rue des Moellonniers devint
la rue Marcellin-Berthelot ; la rue du Chemin-Vert, la rue Moissan,
et la rue Bergères, la rue Charcot.
On fit construire
les deux annexes de l’ancienne Mairie. Dans une délibération
du 29 juin, on refusa d’accorder la location du presbyter,
pourtant vacant, au Patronage Laïque, que présidait
Lucien VOILIN. Enfin, il fut procédé à
l’acquisition de plusieurs parcelles de terrain destinées
à l’élargissement ou à l’alignement
des rues.
Le 3 mai 1908 eurent
lieu les élections. Comme à l’habitude,
une campagne vigoureuse fut menée par les Socialistes.
Campagne qui porta ses fruits, car si la liste de DECROIX l’emporta
cette fois encore, ce ne fut qu’avec 500 voix de majorité.
Mais un mois après
pour le renouvellement du Conseil Général, VOILIN
obtint 500 voix de plus que DECROIX à PUTEAUX.
Ce dernier se retira,
laissant la place au Radical WIRIATH. Ce qui n’empecha
pas VOILIN de conserver son siège au deuxième
tour, avec 1000 voix de majorité. Comme on le pense,
DECROIX fut réélu Maire, avec comme Adjoints Henri
BOISSOT et Jules BRISSON.
Décembre
1909. La Seine est en crue. Tout le bas de PUTEAUX est couvert
par les eaux qui se sont infiltréés dans les rues
par les égouts. On circule en barque, du quai à
la place du Marché. La municipalité semble se
désintéresser de la question. Aucune passerelle
n’est établie pour pouvoir circuler. Aucun secours
d’urgence. Les mesures viennent à retardement.
De son côté,
le Groupe Socialiste ne reste pas inactif. Il crée des
Comités de secours qui viennent en aide aux sinistrés.
Le mécontentement augmente contre la Municipalité
DECROIX. La séance du Conseil du 3 mars 1910 est particulièrement
houleuse. Des interpellations jaillissent de la part des propres
amis de DECROIX.
Enfin, les choses
s’arrangent, grâce à l’habilité
habituelle du Maire de savoir envelloper les questions assez
épineuses, et un crédit de 5000 francs est voté
pour les secours à apporter aux sinistrés.
Mais ces événements
contribuèrent fortement à la popularité
socialiste dans la Commune, aussi est-ce avec joie que fut accueillie
la candidature de Lucien VOILIN, aux élections législatives
de mai 1910. VOILIN fut élu au premier tour avec plus
de 1000 voix d’avance sur son concurrent radical.
Aussitôt,
fidèle à sa pensée de ne pas cumuler les
mandats, il démissionna du Conseil Général.
Les élections pour ce siège ont lieu en septembre.
Henri SELLIER est candidat du Groupe Socialiste et passe au
premier tour contre le Radical FERON. La porte est désormais
largement ouverte pour la conquête de la Municipalité